Musée Le Vergeur

XIIIe, XVIe et XXe siècles

L’Hôtel Le Vergeur est l’un des plus anciens bâtiments civils de Reims. Son histoire remonte au XIIIe siècle, époque à laquelle un propriétaire anonyme fait élever la salle gothique. Salle d’apparat et vraisemblablement de commerce, elle est aujourd’hui le dernier témoin de cette période.

La salle gothique à travers les arcades romanes

Au XVe siècle, le propriétaire des lieux embellit encore cette salle en faisant réaliser un plafond sculpté polychrome d’une telle beauté qu’il fut cité au XIXe siècle par Viollet-le-Duc dans son ouvrage de référence, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle.


E. Auger, Le plafond de la Salle Gothique, aquarelle, 1909

L’Hôtel prend au XVIe siècle le nom de son propriétaire, Nicolas Le Vergeur, commerçant et grenetier du grenier à sel de Cormicy. C’est lui qui fait élever en 1522 la galerie Renaissance. Galerie de communication mais surtout d’apparat, elle est aussi le support d’un magnifique décor inspiré de la Renaissance florentine ; en témoignent les médaillons dans lesquels s’inscrivent des profils. Une frise en bas-relief courant sous la toiture présente cinq scènes de combat. La première d’entre elles, tout à fait remarquable, représente des Indiens d’Amérique.

Vue sur la galerie Renaissance depuis les jardins

Au cours des siècles, l’Hôtel passe en d’autres mains : plusieurs familles de notables rémois comme les Coquebert ou les Béguin de Savigny occupent les lieux. Dès 1822, la Veuve Clicquot Ponsardin devient propriétaire et utilise les caves (qui s’étendent sur trois niveaux) pour entreposer ses bouteilles de champagne. Lui succède la maison de champagne Couvert. En 1910, le plafond de la salle gothique est convoité par des collectionneurs américains. Hugues Krafft décide alors d’acheter l’ensemble de l’Hôtel pour le conserver in situ. Il sera malheureusement victime des bombardements lors de la Première Guerre mondiale, comme l’ensemble de la propriété.


A. Sénéchal, Ruines de la Salle Gothique, vue intérieure, gouache sur carton, 1924 (photographie Amélie Beaujouan)

La galerie Renaissance en ruines, photographie, après 1918 (collection SAVR)

A partir de 1925, Hugues Krafft décide de relever l’Hôtel Le Vergeur de ses cendres. Il est inauguré le 27 mai 1930. Les étages ont été aménagés en demeure bourgeoise moderne et confortable où Hugues Krafft finira sa vie. Le rez-de-chaussée, quant à lui, accueille dès 1932 le siège de la Société des Amis du Vieux Reims et son musée.

Le musée

Dès l’origine, les Amis du Vieux Reims ont rassemblé des documents et des objets sur l’histoire et l’architecture de la ville. Les nombreux dons, achats et commandes spécifiques ont permis de constituer une riche collection : vestiges archéologiques de l’époque gallo-romaine ou médiévale, plans anciens, aquarelles, mais aussi un important fonds de gravures sur les sacres des rois de France.

E. Auger, La place royale avant son achèvement, aquarelle, 1910

En 1935, Hugues Krafft institue par testament la SAVR son légataire universel. Il lègue l’ensemble des bâtiments de l’Hôtel Le Vergeur, où étaient installés ses appartements privés et les collections qu’ils renfermaient. La visite des 1er et 2ème étages nous transporte dans le décor feutré d’une habitation du début du XXe siècle. Au fil des pièces d’apparats (fumoir, salle à manger…) ou de vie (cuisine, office…), les visiteurs découvrent l’art de vivre d’un autre temps. Cette ambiance préservée rend le Musée-Hôtel Le Vergeur unique en son genre.

Le fumoir

La cuisine

Les collections personnelles d’Hugues Krafft rassemblent des chefs-d’œuvre de la peinture, de l’ébénisterie, de l’horlogerie ou de la porcelaine ancienne. Grand voyageur, Hugues Krafft a ramené de nombreux souvenirs, en particulier des plaques photographiques, témoins inédits des civilisations orientales et extrême-orientales à la fin du XIXe siècle.


Console Louis XV

Jacob Davidzon de Heem, Nature morte aux fruits et crustacés, huile sur panneau, 1653


Hugues Krafft (à gauche) et ses amis à l’auberge de Nikko, plaque photographique, 1882

Le trésor du musée demeure, cependant, l’extraordinaire collection de gravures d’Albrecht Dürer, grand artiste allemand de la Renaissance. L’ensemble est un don précieux de la famille Charbonneaux-Lelarge à la fin des années 1960.

Albrecht Dürer, Adam et Eve chassés du Paradis terrestre, Petite Passion sur bois, 1510

Un jardin-musée

Après la Première Guerre mondiale, Reims, détruite à 80 %, était menacée de perdre la trace de son histoire architecturale. L’ampleur des dégâts était telle qu’il était inenvisageable de restaurer une à une les maisons dont seules les façades restaient encore debout. Hugues Krafft et la Société des Amis du Vieux Reims ont donc, à cette occasion, continué leur travail de sauvetage. L’un des plus originaux fut de transférer des éléments monumentaux dans les jardins de l’Hôtel Le Vergeur. A travers un parcours chronologique, les arcades romanes des Templiers, les portails d’hôtels particuliers ou d’institutions hospitalières des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles retrouvent une deuxième vie. Tous ces éléments ainsi que les façades de l’Hôtel Le Vergeur sont classés au titre des Monuments Historiques.

A travers les arcades romanes, le portail du cloître de Saint-Pierre-le-Vieil

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